Peindre son personnage, c’est aussi peindre les différentes facettes de sa personnalité.

Le dialogue est un des moyens les plus directs de faire part des réactions et des attitudes, même les plus agressives, de votre protagoniste.

Parmi les discours agressifs, l’ironie est le procédé qui demande le plus de réflexion au lecteur puisqu’elle est rarement l’expression d’une émotion spontanée.

L’ironie est une véritable stratégie rhétorique et augmente la subtilité de la prise de parole de votre personnage.

L’ironie : une adhésion qui masque le rejet

Les travaux des linguistes Sperber et Wilson montrent que l’ironie met toujours en jeu l’expression d’une attitude qui est implicite à l’égard de la pensée à laquelle il est fait écho.
Sous son propos, l’attitude du personnage au propos ironique sera soit de l’ordre du rejet, soit de l’ordre de la désapprobation.
L’attitude ironique de votre personnage doit se pratiquer dans le cadre de sa tromperie manifeste : paradoxalement, il fera mine d’adhérer à un discours ou une action que pourtant il rejette.

Votre personnage ironique doit chercher autant à prendre pour cible le discours/l’action de son interlocuteur, qu’à communiquer son propre point de vue.

Les différentes formes de l’ironie : De l’ironie socratique à celle que nous connaissons

La traduction de l’étymon gréco-latin présente l’ironie comme une interrogation. C’est une ignorance feinte, simulée, une question faussement naïve.
Pour confondre certains sophistes lors des joutes verbales, l’ironie était une des figures de prédilection de Socrate. Pour ce grand maître de la rhétorique, l’ironie consistait principalement à obliger l’autre à argumenter, pour ensuite détricoter son propos. Cela passait bien souvent par la reprise mot pour mot du discours de l’autre pour ensuite le défaire.
Aujourd’hui l’ironie est une technique qui est quotidiennement utilisée dans la plupart des interviews journalistiques ou débats politiques. Dorénavant elle est plutôt considérée comme un procédé qui passe par le contraire. Comme un discours dont le véritable contenu est l’implicite.
C’est cet implicite qui a toute son importance puisqu’il est tout le contraire de ce qui est exprimé !

Des astuces pour créer de l’ironie

L’antiphrase
C’est une figure de style par laquelle on utilise un nom ou une phrase avec l’intention d’exprimer le contraire de ce qui est dit.
L’antiphrase peut créer deux effets. Elle peut permettre un euphémisme (atténuer la violence du propos), ou créer de l’ironie.
exemple : « mais bien sûr, je vais bien la recevoir » (li faut comprendre ici que la réception de l’invitée risque d’être houleuse).

S’adresser à l’impératif
Les tournures toutes faites l’impératif laissent aussi rapidement comprendre la teinte ironique Exemples : « Continuez comme ça pour voir… » ; « ne vous gênez pas surtout ! »

Jouer de la ponctuation
Mettre un mot entre guillemets peut laisser comprendre qu’un terme a priori neutre est en faite problématique dans le contexte où il est énoncé. Cette ponctuation peut aussi faire comprendre que le mot créé une résistance quand il est émis par le personnage qui joue de l’ironie

Exemple :

  • Quand il vit son ami sortir de cet essayage plutôt audacieux, il ne pu s’empêcher de lui faire part de son admiration : Quelle magnifique « tenue » ! (Pour le personnage énonciateur, le vêtement ressemble plutôt à un déguisement).

Rébecca-May CHALONS-MOURIESSE